Pasqua nous l'avait dit, « Il faut terroriser les terroristes ! ». Jusqu'au vendredi 21 avril 2017 j'avais cru comprendre que Marine Le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron nous proposaient d'en faire autant une fois à la tête de l'État. Et qu'est-ce que j'apprends ? Le lendemain d'un supposé attentat qui m'a plutôt semblé le geste d'un type un peu dérangé (non, très dérangé) et qui a commencé à canarder du flic avant même l'invention du concept étrange de « guerre contre le terrorisme », ils se calfeutrent dans leur « QG de campagne » et renoncent à se produire en public. Les terroristes doivent être terrorisés...
De l'autre côté, possible que les « courageux » qui bravent les terroristes en se produisant en public soient courageux en apparence ou ne soient qu'apparences de courageux. J'explique. Si j'ai des accointances avec les terroristes, par le fait je ne risque pas grand chose en me produisant en public, au pire un terroriste placera une bombe dans la foule ou sortira une arme et tuera ou blessera ses voisins ou un flic, ce qui, question publicité gratuite, serait bien. Si je ne suis pas vraiment là, je risque encore moins. Le second cas fut illustré par Jean-Luc Mélenchon l'ubiquiste, capable d'être en six ou sept lieux à la fois. D'accord, toutes ces incarnations sauf une étaient virtuelles mais quand même. Euh ? Toutes sauf une ou toutes ? Et voilà le miracle réalisé : si toutes mes apparitions publiques sont virtuelles, dans aucune je ne prends de risque.
Terroriser les terroristes (conte).
Je ne crois pas aux complots et pourtant ils existent. Comme disait l'autre1 à propos d'autre chose, « Y en a pas un sur cent et pourtant ils existent ». Pareil pour les complots. La question n'est pas de savoir si les complots existent mais de savoir si certaines personnes croient qu'ils existent. Si de telles personnes existent, alors les complots, qui n'existent pas, existent.
Le processus est évident, je crois : si je suis persuadé que « quelque chose » me « menace », je vais mettre en place quelque chose contre la menace. Du coup, j'aurai créé quelque chose qui menace. Par un effet boomerang, la menace que je représente désormais en inquiètera d'autres, qui à juste titre cette fois se sentiront menacés, et mettront en place quelque chose contre la menace que je représente, et grâce à mon imbécillité j'aurai moi-même permis la réalisation de quelque chose qui me menace. Le raisonnement est le même pour les complots : le premier qui aura mis en place un « contre-complot », lequel aura toutes les apparences d'un complot, sera l'initiateur d'un chaîne de complots censés lutter contre d'autres complots. Ergo, ne ne crois pas aux complots mais ils existent.
