Frantz Fanon a écrit l'ouvrage Peau noire, masque blanc mais c'est réversible. Bon, peau blanche, masque noire et peau noire masque blanc, c'est blanc bonnet et bonnet blanc, ou noir bonnet et bonnet noir. Disons, peau de tel teint, masque de tel autre. L'idée est simple : celui qui affiche sa couleur de peau comme un drapeau, Fierté Noire ou Fierté Blanche, joue un rôle, sa couleur affichée est un masque, sa couleur réelle est autre. Bien sûr, ça n'est pas vrai factuellement, ou du moins ça ne l'est pas en général. À remarquer que la proposition de Fanon est que la peau est ce qu'on voit, le masque ce qu'on ne voit pas. Ce qu'on masque. Ce qui est masqué. Ou le contraire. En fait ça n'a pas d'importance, l'idée est que ce que l'on affiche comme sa Vérité est un mensonge.

Je vais vous prendre un cas que je connais bien, le mien : j'ai la peau d'un certain teint mais je ne m'en fait pas gloire, peut-on se faire gloire d'une chose qui vous est échue par hasard ? Je ne m'en fais pas honte non plus, ma peau est ce qu'elle est, une surface qui ne dit rien de ma profondeur. Pour dire les choses, je songe rarement à mon teint, sinon pour des raisons nécessaires : s'il vire au rouge je ne me dis pas fier d'être un Peau-Rouge mais je m'inquiète du coup de soleil que je viens de prendre.