Un de mes artistes favoris, à une époque, fut Jacques Dutronc. Je ne sais si, le cas échéant, ça devait de nouveau être le cas, Dutronc est une personne comme les autres, certes, faire le pitre devant les autres en chantant, en jouant de la musique ou en étant acteur dans des films c'est plaisant mais, selon les personnes, le plaisir peut durer ou passer. Dutronc a cessé d'être un pitre, un artiste public, il y a un moment déjà. Je présume que s'il s'y remettait ça serait toujours aussi puissant mais bon, ça ne semble plus l'intéresser. Dommage pour nous et tant mieux pour lui, c'est quand même mieux de changer de vie que d'avoir toujours la même.
Je vous parle de lui, à cause d'une de ses chansons, écrite par Jacques Lanzmann (tiens ben, on peut dire qu'ils « faisaient les jacques » ces deux là
), Le Dragueur des supermarchés, dont le refrain était « Il est sympa et attirant mais méfiez-vous, c'est un truand ! ». La chanson décrit un escroc. Sympa, attirant et truand. Il ne force personne à quoi que ce soit, il ne fait même pas la promotion de quoi que ce soit, i se contente de briller et d'éblouir et quand les spectateurs sont presque aveuglés par tant de brillance il va faire un tour de prestidigitation, expression ne signifiant pas ce qu'elle dit, en gros « tour de main habile », quand le prestidigitateur dit « iren dans les mains, rien dans les poches ! » il ne ment pas, ce qu'il fait est d'amener les spectateurs à tourner leur regard de leur propre volonté vers une direction telle qu'il ne pourront pas voir l'opération « magique ». Comment cela s'applique au logiciel libre ? Très simple, on montre un gros truc inutile pour masquer le petit truc utile.
Principe général : rien n'est donné gratuitement.
Vous vivez dans la même société que moi, je suppose, je veux dire, dans la société humaine globale représentée par l'ONU et les institutions liées (OMS, OMC, OIT, UNESCO, etc.) et symbolisée tantôt par la Mondialisation, tantôt par la Communauté Internationale. Dans cette société, rien n'est gratuit, toute peine mérite salaire et tout travail récompense. Cela peut être un salaire ou une récompense symboliques mais du moins, c'est la règle : le donateur anonyme d'une association d'aide et de secours sera par exemple récompensé par le plaisir ou la joie d'avoir contribué à réduire le malheur du monde. Du coup, si on vous dit qu'une chose est donnée gratuitement il est certain que l'on vous ment. Les seules choses gratuites en ce monde sont offertes et non pas données. Je veux dire : l'arbre fruitier offre ses fruits. Pour lui aussi ce n'est pas fait gratuitement, le but est d'assurer sa descendance à l'aide d'auxiliaires mobiles (les animaux) qui vont manger le fruit et disséminer la graine. Et même si certains animaux mangent ses graines ça n'est pas si grave, il leur en échappera toujours assez pour qu'ils jouent leur rôle. Le même arbre, travaillé par un agriculteur, donnera encore plus de fruits ou des fruits plus gros, et ça, le paysan ne le donnera pas, il le vendra, car tout travail mérite récompense.
Ayant une formation et une pratique dans l'informatique, je puis vous certifier que ce n'est pas simple, que ça demande bien du temps, de la sueur, du sang et des larmes, comme disait l'autre. Je fais parfois des petits programmes pour une tâche précise, qui m'ont demandé peu d'efforts et m'ont permis de progresser dans ce domaine de compétence, ceux-là je les diffuse à titre gracieux, je veux dire, je ne les vends pas, et si certains s'en servent c'est bien, s'ils m'en remercient c'est mieux, et ça me paie de mes efforts. Un gros truc qui m'aura demandé beaucoup de temps et d'efforts, vous comprendrez que je ne le diffuse pas ainsi, la balance entre plaisir et peine dans sa réalisation est en défaveur du plaisir, donc le simple plaisir d'une gratification symbolique ne me suffira pas. Les informaticiens sont comme vous et moi, ils font la différence entre, disons, ce qui est de l'ordre du labeur, qui offre ses satisfactions en soi et ne réclame pas une grande récompense, et pas nécessairement une récompense financière, et le travail qui (vous connaissez...). Un système d'exploitation, une suite bureautique, c'est énormément de travail, énormément de temps, énormément de personnes impliquées, énormément de moyens mobilisés. Des trucs de ce genre, ça ne peut pas être gratuit. Donc ce n'est pas gratuit. CQFD.
Principes particuliers I.
Rémunération initiale.
Toute rémunération est initiale mais on parlera ici de rémunération contingente, du fait de recevoir une récompense financière en contrepartie de la part de travail de l'ouvrage. Une rémunération initiale en ce sens est un salaire : le travailleur reçoit sa récompense avant et pendant la réalisation de l'ouvrage, et cède ses droits potentiels à une récompense ultérieure possible. Salaire est ici un terme général pour définir, disons, toute forme de contrat entre une personne et une autre où l'une accepte de recevoir une somme définie à l'avance versée à une date déterminée ou après achèvement d'une certaine tâche, ou bien une rémunération financière mensuelle qui cesse quelques mois après la fin de leur projet commun. Dans tous les cas, la rémunération n'est pas liée à l'aboutissement positif du projet. C'est l'avantage pour le salarié : il recevra une récompense même en cas d'échec. Et c'est l'avantage pour l'autre partie, disons, l'employeur : au pire il perdra ses fonds, le plus souvent il s'y retrouvera à-peu-près, au mieux il gagnera plus que les fonds investis.
Rémunération courante.
Toute rémunération est courante mais on parlera ici de rémunération contingente, du fait de recevoir une récompense financière indépendante d'une réalisation réelle, je veux dire, d'une tâche dont le résultat est imprévisible et nouveau. Sous certains aspects ça ressemble au salariat en ce sens que la personne qui accomplit cette tâche passe contrat avec une autre personne pour réaliser une certaine tâche, avec cette différence que le tâcheron s'engage à effectuer des travaux d'une qualité minimale. La différence tient en ce que le tâcheron prend pour lui une part du risque : s'il dépense plus que ce qu'il a reçu pour rémunération, les frais en sus sont à sa charge. Dans ce cas comme dans le précédent, une éventuelle plus-value sera entièrement concédée à l'autre partie, disons, le commanditaire.
Rémunération finale.
Toute rémunération est finale mais on parlera ici de rémunération contingente, du fait de recevoir une récompense financière dépendante d'une réalisation réelle. Les cas ne sont pas prévisibles, le cas cadre est « une personne engage des fonds en vue de réaliser un projet ou un type de projet dont la rémunération financière dépend de sa réalisation ». Il s'agit d'une personne physique, un individu, ou morale, une famille, des amis, une entreprise, une société, un État, bref, toute entité sociale considérée comme équivalente à une personne physique selon la loi des États où la personne travaille à la réalisation de son projet. La qualification de personne morale varie dans l'espace et le temps, par exemple, en France et en 2017, la famille s'entend comme une personne ou un couple, leurs enfants, majeurs ou mineurs, non émancipés, le cas échéant les enfants non émancipés des enfants non émancipés, en France et avant, en gros, le milieu du XX° siècle, ça pouvait être plus large, avant le milieu du XIX° siècle, une famille pouvait se définir comme l'ensemble des personnes vivantes liées généalogiquement en ligne directe, dans la Rome antique républicaine c'était quelque chose comme l'ensemble des êtres vivants se définissant ou étant définis comme ayant leur résidence sur un territoire donné attribué à un pater familias, soit le plus ancien être humain mâle libre ayant une descendance reconnue et ayant sa résidence sur ce territoire. Il est à noter que, dans l'acception de la République romaine, les êtres vivants « non humains » sont inclus dans la famille, du moins dans les espaces privés ; dans les espaces publics c'est plus complique mais bon, ce n'est pas l'objet de cette discussion.
En France toujours, les amis doivent, pour être considérés une personne morale, conclure un contrat d'engagement réciproque sanctionné par les autorités, un contrat public, depuis au moins le milieu du Second Empire pour les associations à but lucratif, depuis 1901 pour celles à but non lucratif, alors qu'auparavant ce contrat pouvait être privé mais signé par les engagés devant au moins deux témoins qui devaient aussi le signer, et encore plus avant il pouvait être informel, la « bonne foi » des contractants étant censée garantir ce contrat. Les procédures plus contraignantes viennent précisément du fait qu'à partir d'une certaine époque (en gros vers 1100, à un ou deux siècles près), cette bonne foi avait perdu de sa validité et de sa fiabilité, d'où la nécessité d'une garantie supplémentaire.
La rémunération finale d'un projet collectif pose quelques problèmes :
- La confiance. Elle n'est possible de manière absolue que pour un groupe restreint ayant des rapports limités avec les autres groupes. Si l'une de ces caractéristiques change cela devient malaisé. La confiance s'instaure par la proximité et la contiguïté ensemble. Si l'un des éléments se rompt, même brièvement, toute la confiance se perd. Raison pourquoi, avec le temps, les humains ont appris à étendre proximité et contiguïté et à réduire durées et incidences des ruptures. Hélas ! Chaque nouvelle solution est la source même du problème à venir. D'où l'invention de procédures de certification de la confiance. D'un point de vue objectif elles sont peu efficaces mais peu importe, importe seulement leur existence.
- La finalité. Cela dans les deux sens : quel but se fixe le collectif et à quel terme l'association doit cesser. On peut fixer un terme exact ou dépendant de l'accomplissement du projet, et l'on peut fixer un but précis ou non. Si le terme est exact, dans le cas d'un but précis on prend le risque de son non accomplissement ; dans celui d'un but imprécis on prend celui de ne rien accomplir. Si le but est fixé d'avance, dans le cas d'un but précis on prend le risque d'un coût d'accomplissement supérieur à la rémunération ; dans celui d'un but imprécis on prend aussi celui de son non accomplissement. On escompte, disons, des retombées secondaires qui réduisent le risque et pourraient même excéder la rémunération escomptée, des inventions imprévues ou imprévisibles faites durant le processus, ou, disons, la rentabilisation du processus même, quelque chose comme la vente de déchets, je veux dire, le fait de vendre des produits ou services non nécessaires au projet même mais nécessaires à son accomplissement, et utiles ou nécessaires à des tiers.
- Les ressources. On dépend des siennes propres. Il y a deux sortes de ressources, celles de coût presque nul et de profit presque infini et celles de coût presque infini et de profit presque nul. Manière de dire. En réalité c'est dans le cadre d'un système fermé que cela est vrai, ailleurs le coût des premières et le profit des dernières restent proches de la nullité mais le profit des unes et le coût des autres sont, disons, dépendants du contexte.
Je laisserai à d'autres le soin de compléter, peut-être avec un soutien de ma part au début mais très général, les grandes lignes et débrouille-toi. J'ai horreur d'entrer dans les détails, d'autres aiment ça, c'est donc parfait.
La conclusion est : n'acceptez jamais gratuitement un objet de grande valeur, il y a un piège caché dedans. Et ce piège sera installé, soit par le donneur, soit par le receveur.
