Ce texte décrira la lutte entre une organisation des humains que l'on peut nommer société, où chaque individu est autonome, vit de ce qui lui est nécessaire, travaille ce qui lui est nécessaire, et passe l'essentiel de son temps au loisir et à l'étude, et une autre que l'on peut nommer État, où chaque individu est assujetti, vit au-dessus de ses besoins, travaille au-delà de ses capacités et consacre un temps très restreint au loisir et à l'étude. Les humains qui vivent dans des États sont essentiellement malheureux et croient que ceux qui vivent en société sont encore plus malheureux qu'eux, ce en quoi ils se trompent, le bonheur se découvrant dans le loisir et l'étude, qui sont une joie, et non dans le travail, qui est une peine. Mais il y a un problème : les habitants des États veulent à toute force faire partager leur conception d'atteindre au bonheur aux habitants des sociétés, lesquels n'en veulent pas, d'où les conséquences que vous imaginez. Vous connaissez la chose, on l'appelle colonialisme ou impérialisme. Ce que disent les colonisateurs est vrai, ils veulent le bonheur des peuples, ce que disent les colonisés est vrai, ils font le malheur des peuples. Y compris de leur propre peuple, puisque dès le départ ils sont malheureux. On peut ergoter, philosopher, couper les cheveux en quatre et autres actes inutiles, il faut regarder plutôt que croire : un reportage chez «les pauvres», c'est un voyage au pays des gens souriants et affables, un reportage chez «les riches» c'est un voyage au pays des gens tristes et grincheux. D'où l'on peut en conclure que les habitants des États n'arrivent pas à voir la réalité, qui leur montre clairement qu'il vaut mieux vivre «pauvre» que «riche» si l'on veut vivre heureux. Il y a une raison à cette erreur, le conditionnement.
Conditionnement humain.
La société et l'État sont les deux faces d'une même médaille qu'on nommera Humanité. Dans la situation actuelle, il existe une Humanité très vaste et très complexe, plutôt sociale ici, plutôt étatique là, et quelques rares Humanités séparées, très locales et très restreintes. Chaque Humanité est donc à la fois société et État. la plus vaste des Humanités est celle que représente l'ONU, les autres son éparses et relativement isolées, le plus souvent l'aspect société y domine et le plus souvent elles vivent dans ce qu'on peut nommer des déserts, c'est-à-dire des territoires où la vie est précaire et la population humaine très restreinte, les déserts au sens actuel, les forêts tropicales, les très hautes montagnes, les hauts-plateaux d'accès difficile, les îles les plus éloignées des côtes continentales, les zones polaires. On trouve aussi quelques rares Humanités plutôt étatiques, de toutes petites Humanités en termes de superficie, et souvent très peuplées (Monaco, le Vatican, San Marin en sont des exemples).
On peut dire que c'est une question de contexte : pour une très petite unité territoriale la dominante importe peu, les humains y sont suffisamment proches les uns des autres pour, disons, pouvoir faire du “contrôle social” entre pairs ; pour une très grande unité territoriale avec peu d'humains très disséminés, la part d'État est nécessairement très limitée, chaque sous-unité gère en commun le territoire qu'elle occupe et rencontre de loin en loin d'autres unités ou membres d'unités proches ou lointaines, dans ces contextes il n'y a que de rares circonstances, disons, étatiques, c'est-à-dire des événements réunissant un nombre significatif de membres de deux unités ou plus pour faire quelque chose en commun (une célébration, une joute entre “guerriers”, un marché, des échanges de membres, etc.). On peut même pratiquement s'en passer, si on trouve moyen de déterminer une manière fiable pour que les diverses sous-unités concernées se rendent à un instant donné en un lieu donné. On ne peut jamais affirmer que quelque chose est universel, cependant il n'y a eu jusque-là aucun contre-exemple, toute Humanité se base sur les phénomènes célestes les plus réguliers pour déterminer ces moments de réunion. Principalement les phénomènes liés au soleil et à la lune qui, c'est le moins qu'on puisse affirmer, sont de très gros objets célestes. Même si cela n'est pas absolu, les Humanités les plus éloignées de l'équateur et des pôles tendront à privilégier les régularités solaires, celles qui en sont le plus proches, les régularités lunaires. La cause en est simple~: aux pôles ou à l'équateur les petites variations significatives liées à la position relative du soleil à la Terre durant le parcours de son orbite héliocentrique combinée au moment de basculement de la Terre sur son axe, qu'on nomme communément “saisons”, sont faibles ou extrêmement rares : à l'équateur il n'y a pas de saisons à proprement dire, juste de petites variations, un peu plus sensibles sensibles quand on monte en altitude ; dans les zones proches des tropiques et du cercle polaire il y a, en gros, deux saisons, froide/chaude ou sèche/humide ; aux pôles on ne peut proprement parler de saisons, il y a plutôt un très long jour avec deux courtes périodes de nuit et de jour et entre, un très long crépuscule et une très longue aube ; dans les zones intermédiaires de part et d'autre de l'équateur, il y a le plus souvent quatre saisons, plus ou moins marquées, l'une plutôt ou très froide, qui coïncide selon le côté éloigné de l'équateur où l'on se trouve, avec le moment de la périhélie ou celui de l'aphélie, l'une plutôt ou très chaude, qui coïncide inversément avec la périhélie ou l'aphélie, les deux autres saisons on leur sommet, leur moment optimal, de température moyenne par rapport à celles des saisons extrêmes, aux équinoxes, moments où les durées du jour et de la nuit sont égales. Et voilà la cause première de tous les problèmes entre les Humanité : au-delà d'une certaine distance à un point quelconque du globe, l'écart entre cycles saisonniers varie trop pour que les Humains d'un même ensemble puissent se fier aux phénomènes célestes pour les rendez-vous fixés d'avance.
Toute Humanité conditionne ses membres, c'est-à-dire, leur enseigne des automatismes qui vont leur permettre de vivre en bonne intelligence avec tout autre membre de la même Humanité. Les trucs de base sont la propreté, l'usage proportionné de sa puissance et le langage. Comme déjà dit, il n'existe aucune régularité absolue, mais là encore peut observer une corrélation jamais détrompée pour celle-ci, aucune Humanité dont l'existence est avérée ne déroge à ces trois règles de base, les humains apprennent tous, dans leur enfance, à être propre pour eux et pour les autres, à proportionner leurs efforts pour eux et pour les autres, et à parler et écouter. Comme il n'y a pas d'humain type, ça se révèle plus ou moins facile, par exemple un enfant sourd ne peut pas, dans une situation où il n'existe pas de moyen artificiel de lui permettre d'entendre, parler et écouter de la manière commune, par la bouche et les oreilles, ce qui amène à trouver d'autres solutions, les deux communes étant l'exclusion de l'Humanité ou la parole par les gestes et l'écoute par les yeux. L'exclusion de l'Humanité est le plus souvent modérée, on le laisse vivre dans l'espace de l'Humanité mais sans l'admettre de plein droit parmi les membres de l'Humanité. Selon son degré de compréhension des autres règles, il aura des droits plus ou moins étendus, dira-t-on, une humanité plus ou moins admise. Et s'il ne parvient pas à intégrer les deux autres règles il sera entièrement hors Humanité. Ce n'est que dans des cas graves où il devient un danger pour les autres qu'une réelle exclusion hors de l'espace de l'Humanité aura lieu, dans les autres cas il y aura une tolérance variable en fonction de son écart à la norme.
Ce conditionnement est donc une nécessité, c'est elle qui permet d'établir la confiance entre les membres de l'Humanité concernée. Ce n'est pas vrai de toutes mais dans leur très grande majorité les Humanités du passé et du présent font d'assez grands efforts pour inclure le plus possible de ses membres dans leurs pleins droits, pour reprendre les sourds, trouver une manière de communiquer avec eux de manière à les éduquer, soit par la méthode dite soit grâce à un appareil auditif. Bien sûr, plus l'individu est éloigné de la norme plus ça sera long et difficile mais les humains, du moins les humains tendanciellement sociaux, sont des êtres très patients et peuvent parfois passer une vie entière, la leur ou celle d'un tiers, à tenter et souvent, à réussir à faire entrer ce tiers dans l'Humanité, et même s'ils n'y parviennent pas ils seront heureux simplement de s'y être essayés. Il faut dire, les humains tendanciellement étatistes sont généralement moins patients. Et c'est là la cause première de tous les problèmes entre les humains.
Conditionnement social et conditionnement étatique.
Chaque humanité, chaque sous-unité et chaque individu est à des degrés variés à la fois étatiste et, disons, socialiste, même si ces termes sont assez connotés. Si je pouvais contribuer à leur donner une acception plus intéressante et stable ça serait bien. En gros, l'État est la part des actes, objets et concepts qui sont communs à toute une Humanité, la société, tout le reste. De ce fait, plus on tend vers l'étatisme plus la part commune est importante, plus on tend vers le socialisme et plus elle est réduite.
Dans l'absolu, chaque individu est une Humanité ; dans le relatif c'est possible mais ça n'est pas souhaitable. Une Humanité de plus d'un individu a nécessairement une composante “État”. Jusqu'à trois individus, elle peut sans risque avoir tout en commun, former une sorte d'“État absolutiste” à trois ou quatre éléments, les individus et l'ensemble qu'ils forment. Au-delà, ça n'est plus envisageable. C'est une question de, disons, capacité cognitive, que j'étudie plus précisément par ailleurs, donc ici je considèrerai que c'est un fait acquis, un individu ne peut pas évaluer instantanément plus de quatre éléments similaires (en réalité cinq mais celui-là ne compte pas, c'est en quelque sorte “l'élément universel” donc similaire à tout autre élément).
