Mon défunt père avait une phrase fétiche, enfin il en avait plusieurs mais une entre autres qu'il aimait bien, « Un imbécile pauvre est un imbécile, un imbécile riche est un riche ». J'aime bien aussi ce genre de phrases d'une vérité universelle où l'on peut remplacer tous les termes significatifs, à condition de bien les choisir évidemment, sans qu'elle perde de sa pertinence. Celle-ci dit, en résumé, « Un positif négatif est un négatif, un positif positif est un positif ». Je sais, « imbécile » n'est pas de perception immédiate vu comme positif, mais avez-vous déjà entendu parler d'imbécile malheureux ? Cette phrase dit en somme que quand on a une paire positif-négatif on optera pour le positif, et quand on a une paire positif-positif on optera pour le dernier positif. Sous son aspect bonhomme et ironique, cette phrase est un puissant syllogisme.
Ma phrase fétiche en introduction de cette page, « Un con est un salaud en devenir, un salaud est un con qui s'ignore », est du même genre, elle exprime la réversibilité des positions dans un rapport général de type proie-prédateur. Quand on y réfléchit un peu, on arrive à la conclusion qu'à la fin des temps (mais surtout, à la fin des prédateurs), et bien, la proie mange le prédateur, certes sous forme recyclée, le prédateur est mangé par des bactéries qui sont mangées par des végétaux qui sont mangées par des proies herbivores qui sont mangées par des proies carnivores, qui sont possiblement mangées par des proies carnivores, mais à la fin des fins, le dernier gros mangeur de proies sera mangé par des bactéries. Un con est une proie pour les salauds mais une fois mangé par un salaud il devient salaud, un salaud est un prédateur pour les cons mais une fois la proie mangée il devient con. Enfin non, ils ne deviennent pas, puisqu'ils sont déjà. Raison pourquoi les proies sont bien plus puissantes que les prédateurs, pour les prédateurs seules les proies sont proies, pour les proies tout est proie.
